Unseenlabs surveille les océans depuis l’espace

Créée en 2015 à Rennes, Unseenlabs a conçu BRO-1, un nano-satellite de moins de 10kg, bardé d’électronique, dont la vocation est de surveiller les océans depuis l’espace pour y traquer les navires délinquants. L’antenne embarquée sur ce petit satellite grand comme une boîte à chaussures, détecte et géolocalise les signaux et les ondes électromagnétiques émis par les navires, même quand ceux-ci coupent leur balise AIS (Automatic Identification System). Elle permet donc de repérer tous les bateaux, notamment lesnon-coopérants naviguant sur les mers avec un motif illicite : pêche illégale, dégazage, piraterie maritime.

 

Une technnologie innovante

Bien que l’utilisation de nano-satellites n’est pas nouvelle, puisque les premiers ont été envoyés dans l’espace il y une vingtaine d’années et qu’ils sont aujourd’hui quelques centaines au-dessus de nos têtes. Le satellite d’Unseenlabs représente une nouvelle génération de nano-satellites équipés d’un nouveau type de capteurs. Ajoutée aux dispositifs existants comme les radars ou les balises AIS, cette technologie permet de collecter des informations qui n’existaient pas jusqu’à présent.

Comme l’explique Jonathan Galic, co-fondateur d’Unseenlabs, la surveillance maritime depuis l’espace s’effectue aujourd’hui avec des satellites radars et optiques qui couvrent de petites zones et nécessitent beaucoup de personnel formé à l’analyse des images, ainsi que par des satellites capables de récupérer les positions des navires via leur balise AIS. Les satellites de renseignement électromagnétique (ROEM) d’Unseenlabs permettent un suivi quasiment en temps réel, avec moins de personnel et d’investissement, tout en étant indépendant de la présence d’une balise de positionnement à bord des bateaux. En effet, leur mise en orbite coûte moins cher, puisqu’ils prennent moins de place comme passagers secondaires des fusées de lancement. Unseenlabs ouvre ainsi la voie à un nouveau service commercial de surveillance maritime à très forte valeur ajoutée. Il s’agit de moyens de détection au service des Etats pour le trafic civil dans leurs eaux. Unseenlabs vise donc le marché gouvernemental comme les marines nationales, douanes, services de renseignement, mais aussi les assureurs, les armateurs, les ONG, les groupes pétroliers ou encore les opérateurs de données satellitaires, à qui ils vendront les données récoltées par leurs nano-satellites. L’entreprise ne commercialisera pas son système de surveillance, mais uniquement les données issues de celui-ci.

 

Mise en orbite

Cet été, Unseenlabs a réussi la mise en orbite, à une altitude de 550 km, de son premier nano-satellite, depuis un pas de tir situé en Nouvelle-Zélande avec le lanceur Electron de la firme américaine Rocketlab. Cette mise en orbite n’est qu’une première étape pour Unseenlabs qui vise à terme une flotte d’une trentaine de satellites autour de la Terre, capables d’assurer la surveillance d’un même point en quasi temps-réel. L’entreprise consolidera sa constellation dès 2020.

Côté contrat, Unseenlabs affirme que plusieurs acteurs se sont déjà engagés pour des contrats de long terme sur son service commercial, opérationnel depuis le mois d’octobre 2019. Ces acteurs sembleraient privilégier une solution française, alors que seul l’américain HawkEye360, financé à 100M$ notamment par Airbus, propose à ce jour un service analogue.

 

Soutien régional et national

D’ailleurs, la technologie de Unseenlabs a déjà séduit le Ministère des Armées, ce qui lui a permis de lever 7,5M€ en 2018 auprès du fonds du Ministère des Armées Definvest géré par Bpifrance et la Direction Générale de l’Armement (DGA), avec la participation de la société Hemeria et le fonds régional breton Breizh Up. Cette levée de fonds lui permet de déployer sa solution et de fournir dans la foulée de la première mise en orbite les premières données commerciales à ses clients.

Le dirigeant indique que 90% des biens consommés sont convoyés par voie maritime et un cinquième du poisson que nous mangeons provient d’une pêche illégale. Unseenlabs estime le marché de la surveillance maritime civile à 200 ou 300 millions d’euros, et vise un chiffre d’affaires de 8 à 10 M€ d’ici 2021.

Soutenue par Le Poool (ex Rennes Atalante), Unseenlabs est aussi intégrée au booster Morespace aux côtés d’e-Odyn, Hytech Imaging et CLS. Le Booster est issu d’une initiative du Cospace (Comité de concertation Etat Industrie dans le domaine du Spatial) qui vise à stimuler l’innovation et le développement économique à travers la fertilisation d’une thématique particulière par du numérique et du spatial.   A Brest, le pôle Mer Bretagne Atlantique coordonne le booster sur la thématique mer en partenariat avec le Pôle Images & Réseaux, le Groupement d’Intérêt Scientifique Bretagne Télédétection (GIS BRETEL), la métropole French Tech Brest Tech+ et la Société d’Accélération de Transfert Technologique (SATT) Ouest Valorisation. Unseenlabs est aussi membre de l’incubateur de l’Agence Spatiale Européenne, en association avec le CNES*, l’ESA BIC Nord de France, depuis le mois de septembre 2019.

 

*Centre Nationale d’Etudes Spatiales

 


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